"C'est une surprise totale (...). En général un deuxième mandat est pratiquement automatique, sauf en cas de dysfonctionnement grave, donc j'étais tout à fait confiant", dit Olivier Py à l'AFP. "Je suis viré pour avoir réussi (...) J'avoue ne pas comprendre", ajoute-t-il.
C'est la première fois qu'un directeur du théatre de l'Odéon n'est pas reconduit pour un second mandat. Celui d'Olivier Py, 45 ans, s'achèvera en mars 2012, date à laquelle il sera remplacé par le suisse Luc Bondy, 62 ans, directeur du Festival de Vienne, dont la nomination doit être validée par le président de la République.
"Je suis fier de mon bilan. Je ne le dis pas simplement pour moi mais pour mes équipes qui ont mené cette maison à un endroit où elle n'était pas. Le taux de fréquentation est optimal - 82% -, 10.000 abonnés, 150.000 spectateurs avec des oeuvres exigeantes", poursuit le metteur-en-scène, en tournée dans des lycées du sud de la France où il présente "Les Perses" d'Eschyle.
"C'est bien cela mon idée du théatre populaire: amener un public large et diversifié socialement à des oeuvres exigeantes", ajoute-t-il.
Et, insiste-t-il, "pour la première fois, le théatre de l'Europe a enfin de l'argent de l'Europe ! Si le président de la République signe mon départ c'est un beau cadeau que je fais à mon successeur. Il va avoir les moyens de travailler !".
Dans le cadre d'un projet associant cinq théatres européens, le théatre de l'Odéon a obtenu une importante subvention de cinq millions d'euros sur cinq ans, financé à 50% par la commission européenne.
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a souligné que Luc Bondy aurait "notamment pour mission de renforcer la dimension européenne du théatre de l?Odéon-Théatre de l'Europe".
"Luc Bondy est un très grand metteur en scène international, il n'y a aucun doute là-dessus (...). Mais je ne peux pas laisser dire que le travail européen n'a pas été fait alors que c'est tout l'inverse", déclare Olivier Py.
Interrogé par l'AFP, Luc Bondy, qui a vécu en France et a fait une grande partie de sa carrière en Allemagne, s'est déclaré lundi "fier" de la proposition tout en regrettant la polémique qu'elle suscite.
"Je veux réfléchir sur les délais. C'est très important pour moi, car c'est très rapide. Et naturellement un passage d'une direction à l'autre doit se passer de manière harmonieuse", a-t-il poursuivi.
"C'est vrai que j'ai souvent demandé un théatre à Paris, que je suis bilingue et que je pourrai travailler partout. Il est donc tout à fait naturel qu'on me donne un théatre parisien.".
Olivier Py s'est dit "touché par l'unanimité de l'incompréhension manifestée par le monde culturel et théatral" à l'égard de son éviction.
"Virer quelqu'un comme cela, sans concertation, surtout quand il n'a pas démérité, c'est choquant. La méthode est détestable", juge le metteur en scène Patrice Chéreau.
Daniel Auteuil, qui a travaillé avec Olivier Py, regrette le départ "d'un formidable souffle apporté au théatre de l'Odéon".
La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, s'est elle aussi insurgée lundi contre une "décision incompréhensible" du ministère de la Culture relevant "du fait du prince".
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